Les haches polies de la Presqu'île de Crozon (Finistère)

Publié le par Médiation Préhistoire Finistere

Par Yves Guéguen, médiateur culturel

 

Le Néolithique (5 000 à 2 500 avant notre ère) est l'âge de la "pierre nouvelle", la pierre taillée faisant place à la pierre polie. Cette période voit apparaître les permières populations sédentaires d'éleveurs et d'agriculteurs.

Une des innovations techniques qui caractérise cette période est le développement des outils polis.

 

Je vous propose de porter notre attention sur les lames polies de la presqu'île de Crozon qui se situe à l'extrémité ouest de la péninsule amoricaine.

 

carte1

Carte de localisation (réalisation Y. Sparfel)

 

 

 

 

 

 

Les roches utilisées

 

Pour réaliser les lames des haches en pierre polie, les hommes du Néolithique avaient besoin de roches suffisamment dures pour résister aux chocs répétés.

 

En Bretagne, plusieurs roches ont été utilisées dans ce but au Néolithique.

Il s'agit tout d'abord de la dolérite de Plussulien dans les Côtes-d'Armor (figure 1) et de la fibrolite dont il existe différentes variétés (figures 2 et 3) réparties sur la péninsule armoricaine. On trouve également du silex ou encore diverses variétés de jadéite mais ces roches n'existent pas à l'état naturel en Bretagne. Les hommes du Néolithiques ont donc été obligés de les faire venir. Certaines jadéites proviennent par exemple des Alpes italiennes.

 

Les lames en fibrolite découvertes en presqu'île de Crozon sont principalement de deux variétés toutes deux issues du nord du Finistère.

- la fibrolite de Plouguin (figure 2) est composée de fibres courtes enchevêtrées

- la fibrolite de Kermorvan (figure 3) est composée de plaques superposées

 

 

 

dol

Figure 1 : détail de la dolérite de Plussulien (Côtes-d'Armor) à l'état brut

 

 

fb1

Figure 2 : détail de la fibrolite de Plouguin (Finistère) à l'état brut

 

 

 

fb2

Figure 3 : détail de la fibrolite de Kermorvan (Finistère) à l'état brut

 

 

Aucune de ces roches ne se retrouvent dans le sous-sol de la presqu'île de Crozon. Pour autant, de nombreux objets découverts sur la presqu'île ont été réalisés avec ces différents types de roche.

 

Les proportions sont très différentes. Ainsi la dolérite de Plussulien représente environ 45 % des pièces, la fibrolite 25 %, le silex 5 % et les jadéites 5 %. Les 20 % restants se composent de roches très diverses dont quelques-unes sont ou pourraient être originaires du sous-sol de la presqu'île de Crozon.

 

 

 

Le transport

 

Excepté quelques rares cas, les roches utilisées pour la fabrication de lames polies ne sont pas issues du sous-sol de la presqu'île de Crozon. Elles ont donc été importées, parfois de très loin comme pour les lames en jadéite.

 

Les blocs pouvaient être dégrossis sur place et même transformés en lames polies directement sur le lieu de récolte des roches. Les blocs simplement dégrossis devaient être polis par les utilisateurs.

 

Dans tous les cas, ces blocs étaient transportés. Ils devaient faire l'objet d'échanges contre d'autres biens (bétails, céréales, bijoux, sel, etc).

 

La carte de répartition des découvertes de lames polies selon la nature de la roche permet de voir les zones d'influence des lieux de récoltes et des ateliers de fabrication s'y trouvant.

 

 

carte2

Figure 4 : Carte de provenance des roches (en jaune: fibrolite, en orange : dolérite, en rouge : silex et jadéite)

 

 

 

La préparation des roches

 

Les blocs de pierre devaient être préparés pour obtenir la forme d'une lame polie. Pour cela l'homme du Néolithique utilisait plusieurs techniques selon le type de roche.

 

Ainsi, pour la dolérite de Plussulien, il taillait d'abord un bloc brut pour le dégrossir, en enlevant des éclats au moyen d'un percuteur (figures 5 et 6). Cette opération s'appelle le façonnage. Il écrasait ensuite les parties saillantes pour régulariser la pièce toujours au moyen d'un percuteur. Cette opération s'appelle le bouchardage.

 

 

pg

Figure 5 : percuteur en grès découvert sur la commune de Plouzané (Finistère).

 

 

 

  pq

Figure 6 : percuteur en quartz découvert sur la commune de Plouzané (Finistère).

 

 

Pour la fibrolite, l'homme du Néolithique utilisait une autre technique car la roche est trop dure pour être taillée. Pour dégrossir le bloc brut, il devait le scier. Cette opération, appelée sciage, peut être réalisée au moyen d'une cordelette ou d'une planchette de bois, d'eau et de sable. On tend la corde et on la frotte sur le bloc. De même pour la planchette. On ajoute régulièrement de l'eau et du sable sur la corde ou sur la planchette. Au fur et à mesure, une rainure se forme. De plus en plus profonde, elle permet de séparer le bloc en deux parties. Les angles saillants et les parties irrégulières sont éliminés par bouchardage comme pour la dolérite de Plussulien.

 

Après ces différentes opérations, on obtient une ébauche de lame polie (figure 7).

 

 

ef

Figure 7 : ébauche de lame polie en fibrolite de Plouguin. Elle a été découverte sur la commune du Conquet (Finistère).

 

 

 

Actuellement, excepté une pièce en dolérite locale, aucune ébauche de lame polie n'est connue en presqu'île de Crozon. On peut donc penser que les pièces importées l'étaient sous la forme de lames polies finies.

 

 

 

Le polissage

 

L'ébauche de lame polie devait être ensuite polie. Pour cela, l'homme du Néolithique utilisait un polissoir (figure 8).

Il s'agit de blocs de pierre portant des cuvettes larges pour polir le plat et le tranchant des lames et des stries pour polir les bords.

Ces blocs sont plus ou moins volumineux. S'ils peuvent être pris en main, ils sont qualifiés de mobile. Ils servent notamment à réaffuter le tranchant. Autrement, ils sont qualifiés de fixe.

 

Les polissoirs fixes ou mobiles sont peu nombreux sur la presqu'île de Crozon.

 

 

p1

Figure 8 : fragment de polissoir mobile engrès. Il a été découvert sur la commune du Conquet (Finistère).

 

 

 

Lors du polissage des lames, des plans sont parfois formés, visibles par des arêtes (figure 9).

 

 

ff1

Figure 9 : détail d'une lame polie en fibrolite d'origine inconnue. La lame polie a été découverte sur le commune de Crozon (Finistère).

 

 

Les types de lame et leurs fonctions

 

La forme des lames polies est très variable. Il en existe des grandes (plus de 15 centimètres) et des petites (moins de 5 centimètres). Leurs profils ainsi que leurs faces peuvent être dyssimétriques.

 

Les études de la forme des lames de la presqu'île de Crozon ont montré que les lames en dolérite de Plussulien ont des formes très standardisées, alors que les lames en fibrolite sont plus irrégulières. Cela est à mettre, notamment, en rapport avec la nature des roches.

 

 

la2

Figure 10 : lame polie en dolérite de Plussulien. Cette lame a été découverte sur la commune de Crozon (Finistère)

 

 

 

lf2

Figure 11 : lame en fibrolite de Kermorvan. Cette lame a été découverte sur la commune de Crozon (Finistère)

 

 

 

 

 

Pour être qualifiée de hache, la lame polie doit être emmanchée. En effet, la lame polie n'est que la partie active de la hache.

Selon le mode d'emmanchement, on parle de hache, d'herminette, etc. Ainsi, une hache a le tranchant de sa lame parallèle au manche. Une herminette a le tranchant de sa lame perpendiculaire au manche.

 

 

l

Figure 13 : herminette provenant d'Irian Jaya (Indonésie).

 

 

 

 

La plupart des lames polies de la presqu'île de Crozon ont eu une utilité pratique. Elles servaient à abattre des arbres ou des arbustes et à travailler le bois.

 

Certaines, cependant, n'ont pas été réalisées dans ce but. Elles étaient utilisées plutôt comme des bijoux car les roches avec lesquelles elles avaient été fabriquées avaient un bel aspect (une couleur verte plus ou moins vive) et provenaient de très loin et étaient donc relativement difficiles à obtenir. Elles étaient alors conservées précieusement. Les hommes du Néolithique les plaçaient parfois dans les tombes ou dans des dépôts (offrandes ?).

Publicité

Publié dans Articles

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article