Visite Février 2012 : A la recherche des minerais de cuivre et de fer
Par Yves Guéguen, médiateur culturel
Un séminaire de prospection s'est déroulé cette semaine dans les environs de la presqu'île de Crozon. Il est dirigé par Cécile Le Carlier et l'équipe du Centre de Formation et de Recherches Archéologiques (CFRA).
La mission est de découvrir ou redécouvrir des gisements de minerais de cuivre et de fer pouvant avoir été exploités, ainsi que des lieux de transformation (fonte) décelables par la présence de scories.
S'appuyant sur différentes recherches et travaux antérieurs, l'équipe a dressé au préalable la carte des découvertes anciennes de minerais et de scories.
Sur le terrain, l'objectif est double :
- retrouver les anciens sites et les rééchantillonner
- découvrir de nouveaux sites
L'âge d'une scorie est déterminée par sa forme, que l'on compare aux types connus et établis chronologiquement, et par l'analyse des charbons qu'elle peut contenir.
Certaines scories seront analysées dans un second temps. Leurs compositions particulières pourront permettre de mesurer leur rattachement à un territoire et à une époque.
Tous ces données vont contribuer à mieux appréhender l'apparition et le développement de la métallurgie entre la fin du Néolithique et le début de l'Antiquité dans le Finistère.
Quand peut-on situer l'apparition du cuivre (Chalcolithique) ? Des gisements locaux ont-ils été exploités et si oui dans quelle mesure ? Car si la région est riche en étain, fer, plomb, or, le cuivre n'est pas une ressource aussi disponible.
J'ai pu me joindre à cette dynamique équipe durant une journée.
Programme de la matinée : retrouver un gisement de cuivre signalé par des géologues du côté de la plage de Postolonnec.
Il faut courir sur les rochers, surtout sur ceux qui glissent.
Voici ce que nous cherchons ! Des coulées de couleur verdâtre.
Le vert correspond en fait à de l'oxyde de cuivre appelé malachite (toxique). Le orange est lui de l'oxyde de fer.
D'après les premières conclusions, le gisement n'est pas exploitable. Les coulées résultent de petits grains de cuivre inscrits dans la masse rocheuse. Dommage.
Nous repartons !
En chemin, je m'arrête dans une grotte dans laquelle on peut observer de belles traces d'oxyde de fer toutefois inexploitable.
On dirait une peinture je trouve.
Programme de l'après-midi : recherche de scories dans les environs de Dinéault.
Une scorie est un résidu, un déchet, du traitement d'un minerai métallique. Elle apparaît lorsque l'on chauffe du minerai avec du charbon. Elle contient des impuretés et n'est pas conservée par les fondeurs. La nature et la quantité de ses composants permettent aux spécialistes d'établir "l'ADN" de la scorie.
Voici une scorie de l'Age du Fer (Epoque gauloise). Cela est visible par sa morphologie torturée. Elle semble riche en morceaux de charbon de bois.
La règle établie pour cette prospection est de ne pas tout ramasser. On note la présence des scories. Un pointage GPS est effectué. On réalise un prélèvement. Si la scorie est trop grosse, on en casse un bout.
Pourquoi ne pas tout ramasser ? Pour plusieurs raisons. Si tout est prélevé, le site n'est plus identifiable pour les générations futures. Il n'y a ensuite pas d'intérêt à accumuler des volumes importants de blocs difficiles à gérer et dont l'analyse n'apparaît pas obligatoire.
Voici un fond de four. Il ne reste qu'une sorte de demi soucoupe. Il a été découvert par un habitant du lieu.
Et enfin à côté de tous ces "machins", on découvre, au gré de nos pérégrinations, quelques blocs épars, difficiles à identifier comme c'est la règle en presqu'île de Crozon. Est-ce un menhir ? hum...
Probablement seulement un bloc erratique détaché des plis rocheux de la Terre. En tous cas, il nous aura permis de nous attarder quelques instants sur ce magnifique point de vue.
Certaines anciennes indications n'ont pas été retrouvées comme une exploitation de minerai pourtant mentionnée dans les années 1970. Mais quel plaisir de marcher sous un crachin breton à peine retenu par les feuilles des arbres.
Je tiens à remercier les organisateurs de ce séminaire pour cette intéressante journée.